Parrainage
Réseau Santé
Notre Magazine
Fiches Santé
Espace Prévention
Votre Mutuelle
Espace Privilèges
Espace Détente
Espace Blog
          
Mon enfant va mal : et s'il était dépressif ?

16/01/2012

Mon enfant va mal : et s'il était dépressif ?

Contrairement à ce qui se passe chez l’adulte, la dépression se manifeste chez l’enfant de façon plus insidieuse, voire trompeuse. Elle apparaît souvent quand un événement déstabilise les repères de l’enfant. Tout changement important de comportement nécessite une attention particulière.

Éléonore se souvient parfaitement du moment où son fils Lucas, 10 ans, l’a réveillée en pleine nuit parce qu'il venait d'uriner dans son lit. « Ça n'était pas arrivé depuis plusieurs années. Il avait été propre très jeune, se souvient-elle. La première fois, j'ai pensé qu'il avait fait un cauchemar. Mais quand c'est devenu régulier, je me suis dit que quelque chose ne tournait pas rond. »
Car en plus de cette régression physique, Lucas commence à avoir de moins bonnes notes à l'école et se montre particulièrement agressif envers sa petite sœur Sarah. Autant de symptômes qui, mis bout à bout, ont permis de diagnostiquer la dépression du jeune garçon.
On a longtemps pensé que cette maladie était réservée aux adultes. Avant de constater, grâce à la recherche en psychologie et en psychiatrie, qu'il n'y avait pas d'âge pour aller mal. Mais si tout le monde s'accorde sur le fait que l'adolescence est une période propice au mal-être, la dépression des enfants reste un sujet encore méconnu.
De fait, entre un nouveau-né et un jeune de 17 ans, il y a tout un éventail de symptômes qui compliquent la détection de la maladie. C'est notamment le cas pour les enfants entre 6 et 12 ans, chez qui la dépression peut prendre des formes très diverses et, parfois, insoupçonnées. Aujourd'hui, on estime pourtant que 3 % d'entre eux sont touchés.

Des vécus de séparation ou de perte

Pour Anne-Elisabeth Weber, psychologue clinicienne, la dépression infantile est, dans la majorité des cas, liée à un deuil : « Un tel degré de souffrance se retrouve dans des vécus de séparation ou de perte. Cela peut être la mort d'un proche, humain ou animal, un déménagement, un changement d'école ou encore un divorce. N'importe quel événement qui, d'une façon ou d'une autre, met brutalement fin à un ordre établi et déstabilise les repères de l'enfant. »
On ne peut donc pas envisager la dépression de l'enfant sans prêter attention à son environnement, dont il est encore très dépendant affectivement. La dépression d'un enfant est très souvent, en réalité, liée au mal-être de son entourage. Dans le cas de Lucas, il semblerait que l'élément déclencheur soit la mort de son grand-père, survenue six mois avant l’apparition des premiers symptômes. « Lucas pouvait sembler replié sur lui-même et, deux heures plus tard, aller jouer avec d'autres enfants en donnant l'impression de s'amuser », indique sa mère. De fait, « la dépression infantile est troublante pour les parents car l'enfant ne se comporte pas de façon apparemment logique, explique Anne-Elisabeth Weber. C'est une sorte de dépression à éclipses, par à-coups, plus difficile à cerner que la dépression de l’adulte ».
Perte du sommeil ou de l'appétit, anxiété, changements brutaux d'humeur, voire maladies de peau ou maux d'estomac sont autant d'indices du séisme émotionnel que subit l'enfant.

Des problèmes à l’école

La dépression infantile se révèle aussi sous une forme de stagnation voire de recul dans le développement physique et intellectuel. L'enfant dépense une telle énergie pour accomplir son deuil qu'il ne peut plus en consacrer à son propre développement.
D'où des manifestations physiques régressives ou des problèmes à l'école. Ce qui importe alors, selon Anne-Elisabeth Weber, c'est que l'entourage prenne le temps de discuter avec l'enfant, de l'écouter comme de lui parler. « Souvent, les parents ont peur d'utiliser les mots “mort” ou “mourir” devant leurs enfants, utilisant des métaphores comme “il est parti” ou “il est au ciel”, regrette-t-elle. L'enfant perçoit, lui, un décalage fort entre le vocabulaire employé et le degré de souffrance de ses proches. En réalité, cela complique le processus de deuil pour lui. »
Cet exemple de la mort d'un proche peut être généralisé à l'ensemble des facteurs déclenchants. Et plus la dépression sera longue et profonde, plus le risque que l'adolescence soit marquée par des épisodes dépressifs sera important. Selon les rares études sur ce sujet, le risque de rechutes et de récidives dépressives à l'adolescence peut atteindre 70 % après 5 ans. En niant la réalité, on ne rend pas service à l'enfant. Et on peut même, paradoxalement, le faire souffrir davantage.

Bartholomé Girard

A lire : La Dépression avant 20 ans, sous la direction de Thérèse Lempérière, éditions Masson, 1999

Comment réagir ?

LEn cas de doute sur la santé de son enfant, le premier réflexe ne doit pas être d’aller voir un psychologue ou un psychiatre, selon Anne-Elisabeth Weber, psychologue clinicienne. « Il faut d'abord que les parents parlent avec leur enfant, puis éventuellement sollicitent l'entourage immédiat : oncles et tantes, voisins, grands-parents..., conseille-t-elle. L'enfant ne va pas dire les mêmes choses à chacun, et eux se sentiront peut-être plus libres dans leur parole. »
C'est seulement si la dépression s'exprime de façon physique qu'il faut aller voir un médecin traitant et, si elle perdure, un pédopsychiatre.
En revanche, les antidépresseurs sont rarement indiqués pour les enfants de 6 à 12 ans d'après les autorités sanitaires françaises, sauf dans les cas exceptionnellement sévères où les symptômes nuisent au bon déroulement de la psychothérapie.

B. G.